La prochaine grande menace sanitaire ne viendra peut-être pas d’un marché lointain. Elle grandit déjà dans les élevages.
L’antibiorésistance tue déjà plus de 1,2 million de personnes par an dans le monde, et l’élevage en est l’un des moteurs. Pendant qu’on regardait le coronavirus, une autre crise avançait sans bruit : celle des infections qu’on ne sait plus soigner. Et elle passe en partie par notre assiette.
Le post Instagram
Ce carrousel a été aimé par près de 4 000 personnes sur Instagram. Voici la version complète, avec tout ce que je n’ai pas pu mettre en 8 slides, et les chiffres mis à jour.
J’ai publié ce post en mars 2021, en plein confinement. La question était simple : qu’est-ce qui nous attend de pire que le coronavirus ? Depuis, les études ont précisé les chiffres. Certains de mes chiffres de l’époque étaient trop forts, d’autres sont devenus plus inquiétants. Je te donne la version honnête, sourcée en bas de page.
Tu te reconnais ?
6 phrases qu’on se dit pour ne pas regarder l’antibiorésistance
- « Les antibiotiques, c’est pour les hôpitaux, pas pour mon assiette. »
- « J’achète de la viande française, il n’y a pas ce problème chez nous. »
- « S’il y avait un danger, les autorités l’interdiraient. »
- « Une infection, ça se soigne, il suffit d’un antibiotique. »
- « Je mange bio, donc je suis protégé. »
- « C’est trop loin, ça ne me concerne pas. »
Ces phrases sont humaines : on ne peut pas porter toutes les inquiétudes du monde. Mais celle-ci touche directement ta santé, celle de tes enfants, et ce qu’on finance à chaque repas.
Ce que la ferme de mes grands-parents m’a appris
J’ai grandi dans une éducation portugaise à l’ancienne, où l’exploitation animale était absolument normale. Il y avait des animaux partout chez mes grands-parents. J’allais les nourrir, je les adorais, et je les voyais se faire plumer et dépecer. Tout semblait normal.
C’est en 2018 que j’ai fait le lien, devant un porcelet congelé. Et plus j’ai lu sur l’élevage, plus j’ai compris qu’on ne nourrissait pas seulement des animaux : on les maintenait en vie dans des conditions qui demandent des médicaments. Ce que je vois chez les personnes que j’accompagne, c’est que ce sujet-là, plus que tous les autres, les fait basculer : il ne parle pas seulement des animaux, il parle d’eux.

Notre meilleure protection contre les infections, on la distribue aux animaux qu’on mange.
Le vrai diagnostic
Antibiorésistance et élevage : ce qui se passe vraiment
Chaque fois qu’un antibiotique est utilisé, les bactéries qui lui résistent survivent et se multiplient. Plus on en utilise, plus on sélectionne les plus fortes. C’est mécanique. La question est donc : où utilise-t-on le plus d’antibiotiques ?
- 💊Les animaux d’élevage consomment la majorité des antibiotiquesDans le monde, environ 73 % des antimicrobiens vendus sont utilisés chez les animaux d’élevage. Aux États-Unis, ce sont environ deux tiers des antibiotiques importants pour la médecine humaine. J’avais écrit 80 % : c’était le chiffre des années 2010, il a baissé, mais il reste majoritaire.
- 🐖Pourquoi on en donne autantParce que des milliers d’animaux entassés, stressés, sélectionnés pour grossir vite, tombent malades facilement. Les antibiotiques servent à les maintenir en vie jusqu’à l’abattoir, et dans de nombreux pays encore à les faire grossir plus vite. L’Union européenne a interdit les antibiotiques facteurs de croissance en 2006, et ses ventes vétérinaires ont fortement baissé : c’est un progrès réel.
- 🦠Comment ça arrive jusqu’à toiLe risque principal n’est pas de « manger des antibiotiques » : les résidus sont encadrés. Ce sont les bactéries résistantes et leurs gènes qui voyagent : par la viande crue mal manipulée, par le contact avec les animaux, par le fumier qui part dans les sols et les rivières. Une bactérie résistante née dans un élevage peut transmettre ses gènes de résistance à une bactérie humaine.
- 🏥Ce qui devient plus risquéUne infection urinaire, une pneumonie, une plaie infectée deviennent plus longues et plus dangereuses à traiter. Et toute la médecine moderne en dépend : chirurgie, césarienne, chimiothérapie, greffes. Sans antibiotiques efficaces, ces traitements deviennent beaucoup plus risqués.
Les vrais chiffres, mis à jour. En 2021, j’écrivais 700 000 morts par an et 10 millions en 2050. Ces chiffres venaient d’un rapport britannique de 2014. Les estimations les plus solides aujourd’hui : 1,27 million de décès directement causés par des bactéries résistantes en 2019, et près de 5 millions de décès où elles ont joué un rôle. Pour 2050, les chercheurs projettent 1,9 million de morts directes par an et plus de 8 millions de décès associés. Le Portugal compte un peu plus de 10 millions d’habitants : l’image que j’utilisais n’est pas si loin de la réalité des décès associés.
Ce qu’on te répond… et ce qu’on y répond
« La viande française, c’est sans risque » : ce qu’on y répond
- « En France, les antibiotiques sont interdits dans la viande. » Les facteurs de croissance sont interdits, et les résidus sont contrôlés. Mais les antibiotiques restent utilisés pour traiter et prévenir les maladies en élevage, et les bactéries résistantes, elles, ne connaissent pas les frontières : une partie de la viande consommée en France est importée.
- « Je mange bio. » Le bio limite fortement les traitements, c’est mieux pour les animaux concernés. Mais le bio reste une petite part de la viande vendue, et les bactéries circulent entre élevages, sols et rivières. Le seul élevage qui ne sélectionne aucune bactérie résistante, c’est celui qu’on ne finance pas.
- « C’est la faute des médecins qui prescrivent trop. » Les deux comptent. L’OMS et l’Europe parlent d’une approche « Une seule santé » : humains, animaux et environnement. Réduire l’élevage, c’est l’un des leviers que chacun peut actionner seul, dès ce soir.
- « Le coronavirus n’a rien à voir avec l’élevage. » Son origine exacte est encore débattue. Ce qui est établi : environ 60 % des maladies infectieuses humaines et 75 % des maladies émergentes viennent des animaux. Concentrer des milliards d’animaux, c’est multiplier les occasions.
- « Manger de la viande, ce n’est pas la plus grande menace selon l’OMS. » Exact, et je corrige ce que j’avais écrit : l’OMS classe l’antibiorésistance parmi les 10 plus grandes menaces pour la santé publique mondiale. L’élevage n’est pas toute la cause, mais c’est une cause majeure.
- « Sans viande, je vais tomber malade. » Ce qui affaiblit, c’est une transition mal faite. Une assiette végétale bien construite, avec la B12 complémentée, apporte tout ce dont ton corps a besoin.
La bonne nouvelle
Ce que tu peux faire contre l’antibiorésistance, dès ton assiette
- Retirer l’élevage de ta liste de coursesChaque achat est une commande passée à la filière. Moins de demande, moins d’animaux entassés, moins d’antibiotiques.
- Commencer par la volaille et le porcCe sont les filières les plus intensives, et celles qui concentrent le plus d’animaux.
- Respecter tes antibiotiques à toiSeulement sur prescription, jusqu’au bout du traitement, jamais « au cas où ».
- Renforcer ton terrainUn intestin apaisé, un microbiote nourri de fibres et de végétal, un sommeil qui répare : c’est la base de ton immunité.
Ce qu’on ne fait plus
On ne se rassure plus avec une étiquette « origine France » ou « élevé en plein air ». On ne demande plus d’antibiotique pour un rhume viral. On ne croit plus que ce qui arrive aux animaux d’élevage reste dans les élevages. Ce qu’on fait aux animaux finit toujours par nous revenir.
Plus de 80 milliards d’animaux terrestres sont abattus chaque année dans le monde, sans compter les poissons. En France, c’est environ 3 millions par jour. Maintenir en vie autant d’animaux dans ces conditions demande des médicaments. Sortir de ce système, c’est protéger à la fois les animaux et notre avenir médical.
En vidéo
L’élevage intensif menace notre planète
Marco Pois Chiche en parle sur sa chaîne YouTube : voir la vidéo sur YouTube.
À faire dès demain
4 gestes pour commencer dès demain
- Remplace un repas de volaille cette semainePar des pois chiches, des lentilles germées, une grande salade vivante.
- Partage ce que tu as apprisPas pour faire peur : pour que les gens qu’on aime choisissent en connaissance de cause.
- Lave tes mains et ta plancheSi tu cuisines encore de la viande crue, c’est le premier geste contre les bactéries qui voyagent.
- Fais le point avec ton médecinSi tu as reçu beaucoup d’antibiotiques ces dernières années, parle-lui de ton intestin.
Le végétal, c’est serein et durable.
À santé égale, une assiette végétale ne demande aucun antibiotique, aucun animal entassé, aucune bactérie sélectionnée dans un bâtiment fermé. La viande, c’est un stress qu’on donne à son corps, une souffrance qu’on impose à l’animal, et un risque qu’on fait porter à toute la médecine.
Par où commencer : Végévolution
Savoir, c’est le début. Ce qui fait la différence, c’est d’avoir un chemin clair pour sortir des produits animaux sans manquer de rien et sans te battre avec ton entourage. C’est tout le rôle de Végévolution.
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- Les réponses calmes aux inquiétudes de ton entourage
- B12, fer, oméga-3 : les bons réflexes
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Ensuite, pour renforcer ton terrain
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Je ne partage pas ces chiffres pour te faire peur. Je les partage parce que tu as le pouvoir de changer la demande, trois fois par jour, sans attendre personne.
Marco Pois Chiche
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Précautions. Ne refuse jamais un antibiotique prescrit et ne l’arrête pas sans avis médical : quand il est nécessaire, il sauve des vies. Fièvre, infection qui s’aggrave, plaie rouge et chaude, brûlures urinaires : consulte. En alimentation végétale, la B12 se complémente toujours. Enceinte, allaitante, avec un enfant ou sous traitement, fais ta transition avec ton médecin.
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À lire aussi : les contaminants des produits animaux, pourquoi arrêter la viande, améliorer son microbiote et l’impact environnemental de la viande.
Qu’est-ce que l’antibiorésistance ?
C’est la capacité des bactéries à survivre aux antibiotiques. Plus on utilise d’antibiotiques, chez l’humain comme chez l’animal, plus on sélectionne des bactéries résistantes, et plus certaines infections deviennent difficiles à soigner.
Y a-t-il des antibiotiques dans la viande ?
Les résidus sont encadrés par des délais d’attente et des limites maximales. Le vrai problème est ailleurs : l’usage d’antibiotiques en élevage sélectionne des bactéries résistantes, qui peuvent passer à l’humain par la viande, le contact avec les animaux et l’environnement.
Combien de personnes meurent de l’antibiorésistance ?
En 2019, 1,27 million de décès ont été directement causés par des bactéries résistantes, et près de 5 millions y étaient associés. Les projections pour 2050 parlent de 1,9 million de décès directs par an.
Pourquoi donne-t-on des antibiotiques aux animaux d’élevage ?
Pour traiter et prévenir les maladies dans des élevages où les animaux sont nombreux, stressés et sélectionnés pour grossir vite. Dans certains pays, aussi pour accélérer leur croissance, une pratique interdite dans l’Union européenne depuis 2006.
Manger végétal réduit-il l’antibiorésistance ?
Moins de demande en viande, c’est moins d’animaux élevés et moins d’antibiotiques utilisés en élevage. C’est l’un des rares leviers que chacun peut actionner seul, chaque jour.
Chiffres corrigés par rapport au carrousel de 2021 : « 700 000 morts par an, 10 millions en 2050 » (revue O’Neill, 2014) remplacés par GRAM, The Lancet, 2022 et 2024 ; « 80 % des antibiotiques aux États-Unis » remplacé par FDA (ventes 2022) et Van Boeckel T.P. et al., Science, 2019 ; « plus d’animaux que de personnes sous antibiotiques en Europe » retiré : en 2021, la consommation rapportée au poids est devenue plus faible chez les animaux que chez l’humain (rapport JIACRA IV, ECDC, EFSA, EMA, 2024) ; « la chimiothérapie ne sera plus possible » nuancé ; origine du coronavirus remplacée par Jones K.E. et al., Nature, 2008. Autres sources : OMS, fiche « Résistance aux antimicrobiens » ; CIRC, monographie 114, 2015 ; FAO (FAOSTAT) ; Agreste.
Les contenus Vegaïa sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.
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