« On chasse pour réguler. » Et si c’était exactement l’inverse ?
Faut-il interdire la chasse ? Dès qu’on pose la question, les mêmes arguments reviennent : la régulation, la tradition, la nature, la sécurité. J’ai pris les 10 plus courants et je les ai confrontés aux chiffres officiels. Certains s’effondrent, d’autres sont plus nuancés. Et tous ressemblent étrangement à ceux qu’on entend pour défendre la viande.
Le post Instagram
Ce carrousel a été aimé par plus de 2 400 personnes sur Instagram. Voici la version complète, avec tout ce que je n’ai pas pu mettre en 8 slides.
Tout est parti d’une question posée à la télévision par un représentant du Journal de la cause animale : quel est le projet derrière la chasse ? Elle m’a frappé, parce qu’on ne trouve pas de réponse. Pas de besoin vital, pas de projet commun. Le loisir d’une minorité, qui exerce encore un droit d’un autre temps : la prédation. Ce post date de 2021 : j’ai mis à jour chaque chiffre avec les données les plus récentes, et je te signale ce que j’ai corrigé.
Tu te reconnais ?
6 phrases que tu as peut-être déjà dites sur la chasse
- « Sans les chasseurs, les sangliers envahiraient tout. »
- « C’est une tradition, mon grand-père chassait déjà. »
- « Au moins, le gibier a eu une belle vie, pas comme en élevage. »
- « Les accidents, c’est rare, et c’est toujours entre chasseurs. »
- « Les chasseurs aiment la nature plus que les écolos des villes. »
- « Moi je suis contre la chasse », en mangeant un steak.
La dernière est la plus intéressante. Il est facile de s’indigner contre environ un million de chasseurs. Il est beaucoup plus inconfortable de regarder les dizaines de millions de personnes qui font tuer des animaux à presque chaque repas, toute l’année.
Pourquoi j’ai écrit ce carrousel
J’ai grandi dans une éducation portugaise à l’ancienne, où l’exploitation animale était absolument normale. Personne autour de moi ne questionnait la chasse, ni la viande. Mon déclic à moi, en 2018, a été un porcelet congelé : l’animal derrière l’assiette.
En 2021, en une seule semaine, je me suis retrouvé deux fois face à des personnes qui défendaient la chasse avec les mêmes phrases. J’ai réalisé que beaucoup d’entre nous restent sans voix, non pas par manque de conviction, mais par manque de chiffres. Ce carrousel, puis cet article, sont faits pour ça : répondre calmement, avec des faits.

Quel est le projet derrière la chasse ? Personne n’a jamais su me répondre.
Le vrai diagnostic
Pourquoi la chasse divise autant
Le débat sur la chasse n’est pas seulement un débat sur la faune. C’est un miroir de notre rapport au vivant.
- 🔁Une nature qu’on dérègle puis qu’on « régule »On lâche des animaux d’élevage, on nourrit les sangliers, on a même croisé des sangliers avec des cochons. Puis on présente la chasse comme la solution au déséquilibre qu’elle a contribué à créer.
- 🎯Un loisir présenté comme un serviceLa chasse ne répond plus à un besoin de survie. Elle répond à une envie. La présenter comme une mission d’intérêt général permet de ne pas poser la question morale.
- 🪞Les mêmes excuses que pour la viandeTradition, nature, « on a toujours fait comme ça », « l’animal a eu une belle vie » : compare les arguments des chasseurs avec ceux qu’on entend au barbecue. Ce sont les mêmes.
- 🌍Une croyance : l’humain gestionnairePendant des millions d’années, les écosystèmes se sont équilibrés seuls, avec leurs prédateurs. Là où loups, lynx et forêts reviennent, la nature reprend ses régulations.
Ce qui frappe le plus : environ 36 000 sangliers étaient tués en France en 1973. Aujourd’hui, c’est plus de 800 000 par saison. La chasse ne régule pas une population qui explose : elle accompagne, depuis 50 ans, une population qu’elle a elle-même aidée à exploser.
Ce qu’on te répond… et ce qu’on y répond
Faut-il interdire la chasse ? Les 10 arguments des chasseurs vérifiés
- 1. « On chasse pour réguler. » Chaque année, entre 20 et 30 millions d’oiseaux d’élevage (faisans, perdrix, canards) sont lâchés dans la nature pour être chassés, selon les estimations. L’agrainage, qui consiste à nourrir les sangliers pour les « tenir loin des cultures », les aide aussi à passer l’hiver. L’éthologue Pierre Jouventin, ancien directeur de recherche au CNRS, témoigne que des élevages de sangliers croisés avec des cochons ont été financés dans les années 1970 à 1990 pour remplir les tableaux de chasse. Résultat : environ 36 000 sangliers tués en 1973, 809 992 lors de la saison 2019-2020. Plus de 20 fois plus.
- 2. « On ne chasse que certaines espèces. » La France est le pays d’Europe qui autorise la chasse du plus grand nombre d’espèces d’oiseaux : 64, dont une vingtaine figurent sur la liste rouge des espèces menacées. Et les pièges ne trient pas : chats, chiens, espèces protégées peuvent s’y prendre. Lors du déterrage, tous les habitants du terrier sont touchés, pas seulement l’animal visé.
- 3. « La chasse est réglementée et sûre. » L’Office français de la biodiversité compte en moyenne 128 accidents par saison sur 20 ans, dont 14 mortels. La tendance baisse : 92 accidents et 4 morts en 2025-2026, dont 10 victimes non chasseuses. Mais 10 promeneurs, riverains ou passagers blessés pour un loisir, c’est 10 de trop. Le permis est délivré à vie ; depuis 2019, une remise à niveau sur la sécurité est obligatoire tous les 10 ans.
- 4. « Les chasseurs sont les premiers écologistes de France. » Le plomb des munitions se disperse dans les sols et les zones humides. L’Agence européenne des produits chimiques estime qu’au moins 127 millions d’oiseaux sont exposés chaque année au risque d’intoxication au plomb. Il a fallu attendre février 2023 pour que l’Union européenne interdise la grenaille de plomb dans les zones humides. Sans compter les douilles en plastique laissées en forêt.
- 5. « On chasse depuis toujours. » On a aussi fait beaucoup de choses « depuis toujours » qu’on a eu raison d’arrêter. La chasse n’est plus un besoin vital. Si c’est le lien à la nature qu’on cherche, l’appareil photo, le pistage, l’observation offrent les mêmes heures en forêt, sans tuer.
- 6. « La forêt appartient à tout le monde. » Justement. Environ un million de chasseurs, soit 1,5 % des Français, ont la priorité sur des millions de promeneurs, cyclistes et cueilleurs pendant près de 6 mois par an. Dans les communes organisées en association communale de chasse, un terrain non clos peut être chassé par défaut : son propriétaire doit faire valoir son opposition de conscience pour l’en retirer.
- 7. « C’est un sport, ils ont le droit de le pratiquer. » Un sport où l’adversaire ne sait pas qu’il joue et ne peut pas refuser la partie. La vraie question est philosophique : est-il normal de prendre du plaisir à prendre une vie ?
- 8. « Le gibier a eu une belle vie. » C’est vrai, souvent plus belle qu’en élevage. Mais une belle vie ne rend pas sa fin plus juste. Le droit le plus élémentaire d’un être vivant, c’est de continuer à vivre, surtout quand sa mort n’est plus nécessaire à notre survie.
- 9. « L’image du chasseur alcoolisé est dépassée. » En 2021, Madeline Reynaud, directrice de l’Aspas, rappelait qu’environ 90 % des accidents viennent de manquements aux règles de sécurité, et qu’aucune infraction ne visait l’alcool à la chasse. Depuis septembre 2023, chasser en état d’ivresse manifeste est puni d’une amende jusqu’à 1 500 €. Lors de la saison 2025-2026, 8,8 % des auteurs d’accidents testés étaient positifs à l’alcool.
- 10. « La mort est naturelle, la chasse n’est pas cruelle. » Poursuivre un animal jusqu’à l’épuisement, déterrer des renardeaux ou des blaireaux, achever devant des enfants : ce n’est pas la mort naturelle. La chasse à courre au renard est d’ailleurs interdite en Angleterre et au pays de Galles depuis 2005, dans son berceau historique.
La bonne nouvelle
Comment agir sans entrer en guerre
- Garde les chiffres, pas la colèreUne personne qui se sent attaquée se ferme. Une personne à qui on pose une question sincère réfléchit : « Quel est le projet derrière la chasse, selon toi ? »
- Protège un terrainSi tu possèdes un terrain non clos, renseigne-toi sur l’opposition de conscience et sur les réseaux de refuges pour la faune sauvage.
- Va en forêt autrementJumelles, appareil photo, pistage d’empreintes : le lien au vivant ne passe pas par le fusil.
- Sois cohérent dans ton assietteLe jour où tu ne fais plus tuer d’animaux trois fois par jour, ton message sur la chasse devient inattaquable.
Ce qu’on ne fait plus
On n’insulte plus les chasseurs : ça renforce le camp d’en face et ça ne sauve aucun animal. On ne s’indigne plus de la chasse d’un côté pour fermer les yeux sur l’abattoir de l’autre. Et on n’attend plus qu’une loi change tout : le changement le plus rapide se fait dans l’assiette.
Remets les chiffres à l’échelle. La chasse tue plus de 20 millions d’animaux par an en France selon les estimations. Les abattoirs français en tuent plus d’un milliard. Le combat contre la chasse est juste ; le combat dans l’assiette est 50 fois plus grand.
En vidéo
Les mêmes excuses que pour la viande
Marco Pois Chiche en parle sur sa chaîne YouTube : voir la vidéo sur YouTube.
Le végétal, c’est serein et durable.
On ne peut pas vivre sans la nature. La préserver, c’est revenir à l’essentiel : on a tout ce qu’il faut pour être heureux, on a juste besoin d’être bien, pas de faire plus. La viande, c’est un stress qu’on donne à son corps et une souffrance qu’on impose à d’autres. Le fusil aussi.
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Je ne crois pas aux ennemis communs. Je crois aux gardiens du vivant, ceux qui choisissent de protéger plutôt que de détruire, à table comme en forêt.
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Précautions. En période de chasse, renseigne-toi sur les jours et zones de battue avant de partir en forêt et porte des couleurs vives. En alimentation végétale, la B12 se complémente toujours. Enceinte, allaitante, avec de jeunes enfants, sous traitement ou avec une maladie chronique : fais ta transition avec un professionnel de santé.
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À lire aussi : viande bio et gibier, la viande « naturelle » est-elle saine ?, les dernières excuses pour manger de la viande, ton assiette dit qui tu es et pourquoi arrêter la viande.
La chasse sert-elle vraiment à réguler les sangliers ?
Les populations de sangliers ont été multipliées alors que la chasse s’intensifiait : environ 36 000 tués en 1973, plus de 800 000 par saison aujourd’hui. Agrainage, lâchers et croisements avec des cochons ont nourri cette hausse. La chasse gère en partie un déséquilibre qu’elle a contribué à créer.
Combien y a-t-il d’accidents de chasse par an en France ?
Selon l’OFB, 128 accidents par saison en moyenne sur 20 ans, dont 14 mortels. En 2025-2026 : 92 accidents, dont 4 mortels et 10 victimes non chasseuses.
Combien y a-t-il de chasseurs en France ?
Environ un million de permis sont validés chaque saison, soit à peu près 1,5 % de la population.
Peut-on interdire la chasse sur son terrain ?
Oui. Dans les communes organisées en association communale de chasse, le propriétaire d’un terrain non clos peut faire valoir une opposition de conscience à la chasse. Renseigne-toi auprès de ta préfecture ou d’une association de protection de la faune.
Faut-il interdire la chasse ?
C’est un choix de société. Ce qui est certain : elle ne répond plus à un besoin vital, ses arguments écologiques résistent mal aux chiffres, et la cohérence commence dans l’assiette, qui fait tuer 50 fois plus d’animaux.
Sources : Office français de la biodiversité, bilan des accidents de chasse 2025-2026 ; réseau Ongulés sauvages OFB-FNC (tableaux de chasse du sanglier) ; Le Chasseur français, prélèvements 2019-2020 ; LPO et liste rouge UICN des oiseaux de France ; Agence européenne des produits chimiques (ECHA), restriction du plomb dans les munitions, 2021, et règlement européen sur la grenaille de plomb en zones humides (2023) ; décret n° 2023-882 du 16 septembre 2023 ; loi n° 2019-773 du 24 juillet 2019 ; Hunting Act 2004 (Royaume-Uni) ; ASPAS ; témoignage de Pierre Jouventin (curieux.live, 2020). Corrections apportées au carrousel : « 158 victimes par an » remplacé par les moyennes OFB (128 accidents, 14 morts) ; le nombre de chasseurs est plus proche d’un million que de 850 000 ; la hausse des sangliers est de plus de 20 fois depuis 1973 ; les chiffres de plomb (21 000 t, 6 000 t, 1 à 2 millions d’oiseaux), de « 2/3 des 91 espèces » et de randonneurs (15 et 20 millions) ont été remplacés ou retirés faute de source vérifiable ; l’ivresse à la chasse est sanctionnée depuis 2023 ; les lâchers sont estimés entre 20 et 30 millions par an.
Les contenus Vegaïa sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.
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