« Le miel, ce n’est pas comme la viande, l’abeille ne souffre pas. » Et si la vraie question, c’était celle des abeilles qu’on ne voit jamais ?
Pourquoi les vegans ne mangent pas de miel ? Parce que derrière le pot doré du petit producteur, il y a une industrie : des reines sélectionnées et inséminées, des colonies transportées par camions entiers, et surtout des milliers d’espèces d’abeilles sauvages qui reculent pendant qu’on élève la seule qui produit du miel. Le miel n’est pas qu’une question d’éthique. C’est une question d’écosystème, et une question de sucre.
Le post Instagram
Ce carrousel a été aimé par plus de 2 000 personnes sur Instagram. Voici la version complète, avec tout ce que je n’ai pas pu mettre en 8 slides.
Ce post date de 2020. J’y ai revérifié chaque affirmation : certaines étaient justes, d’autres exagérées, et une citation célèbre était tout simplement fausse. Tout est corrigé ci-dessous, sources en bas de page.
Tu te reconnais ?
Miel et vegan : 6 phrases que tu as sûrement déjà dites
- « Je ne mange plus de viande, mais le miel, ce n’est pas pareil. »
- « J’achète uniquement chez un petit apiculteur, il aime ses abeilles. »
- « Il faut manger du miel pour sauver les abeilles. »
- « Le miel, c’est naturel, c’est meilleur que le sucre. »
- « Une cuillère dans ma tisane quand j’ai mal à la gorge, ce n’est rien. »
- « Les abeilles en produisent trop, on prend juste le surplus. »
Chacune de ces phrases contient une part de vrai. Et chacune passe à côté de l’essentiel. On les reprend une par une.
Ce que j’ai compris en regardant de plus près
J’ai grandi dans une famille portugaise où le miel était un remède de grand-mère, presque sacré. Je comprends très bien l’attachement. Mais quand j’ai commencé à creuser, je me suis rendu compte que je ne savais rien de la vie d’une ruche, ni des abeilles sauvages qui vivent à côté.
Aujourd’hui, je ne mets pas de miel dans mon alimentation. Et ce que je vois chez les gens que j’accompagne, c’est que le miel est souvent le dernier produit animal qu’on garde, parce qu’on le croit « gentil ». C’est justement pour ça qu’il mérite qu’on s’y arrête.

Sauver les abeilles en mangeant du miel, c’est comme sauver les oiseaux en mangeant du poulet.
Le vrai diagnostic
Pourquoi les vegans ne mangent pas de miel : 7 raisons vérifiées
Les arguments de mon carrousel, repris un par un, avec les chiffres corrigés quand il le fallait.
- 👑1. Des reines « fabriquées »En apiculture de sélection, on pratique l’insémination instrumentale : la semence d’une dizaine de mâles (les faux-bourdons, et non des bourdons comme je l’écrivais) est prélevée, ce qui les tue, puis injectée à une reine immobilisée. Certains apiculteurs coupent aussi une aile de la reine (le « clippage ») pour éviter qu’elle parte en essaim. Ces reines se vendent et s’expédient par la poste. Ce n’est pas la pratique de tous, mais c’est la logique d’une production animale : sélectionner, contrôler, rentabiliser.
- 🔥2. Des colonies sacrifiéesAutrefois, on étouffait les ruches pour récolter le miel. Aujourd’hui, c’est rare en Europe, mais des colonies sont encore détruites : celles atteintes de maladies réglementées comme la loque américaine doivent être brûlées, et dans certaines grandes exploitations, il revient moins cher de remplacer une colonie que de la faire hiverner. Mon carrousel le présentait comme la règle : ce n’est pas le cas, mais ça existe.
- 🍯3. Le miel est leur réserve d’hiverLes abeilles butinent le nectar, le stockent dans leur jabot, le régurgitent et le font évaporer jusqu’à obtenir du miel : c’est leur nourriture pour l’hiver. Une ouvrière en produit environ un douzième de cuillère à café dans toute sa vie. Quand on le prélève, on le remplace souvent par du sirop de sucre. Or le miel contient des composés, comme l’acide p-coumarique, qui aident l’abeille à activer ses défenses. Le sirop, non.
- 📈4. Plus de ruches, moins d’abeilles sauvagesLe nombre de ruches domestiques a augmenté d’environ 45 % entre 1961 et 2008, selon les données de la FAO, et continue de grimper. Mais l’abeille à miel n’est qu’une espèce parmi environ 1 000 en France. Sélectionnées sur une base génétique étroite, transportées d’une région ou d’un pays à l’autre, les colonies diffusent virus et parasites, comme le varroa, qui peuvent aussi toucher les bourdons et les abeilles sauvages qui visitent les mêmes fleurs.
- 🌼5. Une concurrence pour les fleursDes chercheurs de l’université de Cambridge l’ont résumé dans la revue Science en 2018 : protéger l’abeille à miel n’aide pas la faune sauvage. Installées en masse, les ruches captent le nectar et le pollen dont dépendent les abeilles sauvages, souvent meilleures pollinisatrices pour certaines plantes. Comme les animaux d’élevage, l’abeille domestique est gérée commercialement, en nombre immense, et peut bouleverser l’équilibre local.
- 🌾6. Le vrai problème, ce sont les fleurs disparuesLe manque de fleurs sauvages est l’un des facteurs majeurs du déclin des pollinisateurs. Et l’activité qui occupe le plus de terres sur la planète, c’est l’élevage. Selon la plus grande analyse publiée sur le sujet, une alimentation sans produits animaux réduirait d’environ 76 % les terres agricoles dans le monde. Autant de prairies, de haies et de forêts rendues aux pollinisateurs.
- 🍬7. Le miel reste du sucreEnviron 38 % de fructose et 31 % de glucose : naturel, oui, mais c’est un sucre libre. Chauffé dans une recette ou dans une boisson brûlante, il perd ses enzymes et forme de l’HMF, un composé de dégradation. Mon carrousel disait que son index glycémique « explose » à la cuisson : c’est exagéré. Mais il n’a jamais été une source de santé au quotidien. Et il est l’un des aliments les plus fraudés : dans une enquête européenne, près d’un pot importé sur deux était suspect d’ajout de sirop.
La lecture de terrain. Pour le corps, une cuillère de miel ne change pas grand-chose. Pour l’esprit, si : c’est souvent le petit refuge sucré qu’on garde, le geste réconfortant qu’on se donne quand on manque de douceur. Se donner de l’amour à travers le sucre, c’est humain. Mais une datte, un fruit mûr, une mangue en pleine saison offrent la même douceur, avec les fibres et les minéraux en plus.
Et la célèbre phrase d’Einstein sur les abeilles ?
« Si l’abeille disparaît, l’humanité en a pour 4 ans. » Je l’avais mise dans mon carrousel. Elle est fausse : on n’en trouve aucune trace avant les années 1990, des décennies après la mort d’Einstein. Elle est aussi trompeuse. La disparition des pollinisateurs serait une catastrophe, mais ce sont les pollinisateurs sauvages, des milliers d’espèces, qu’il faut protéger. Pas une seule espèce d’élevage.
Ce qu’on te répond… et ce qu’on y répond
« Mais mon apiculteur aime ses abeilles » : ce qu’on y répond
- « Il ne prend que le surplus. » Certains apiculteurs le font vraiment, et c’est respectable. Mais le « surplus » est une notion humaine : une colonie stocke pour survivre. Et même le plus bienveillant reste dans une logique de sélection et de production.
- « Il faut manger du miel pour sauver les abeilles. » Les abeilles menacées sont les sauvages, pas l’abeille à miel, dont le nombre de colonies augmente. Planter des fleurs, laisser des haies, réduire les pesticides et les terres d’élevage les aide bien plus qu’un pot de miel.
- « Le miel est meilleur que le sucre. » Un peu plus riche en antioxydants, oui. Mais ça reste un sucre libre. Le fruit entier, lui, apporte la douceur avec ses fibres et son eau.
- « Sans abeilles, plus de fruits. » Une grande partie des cultures dépend des pollinisateurs, dont beaucoup de sauvages. Raison de plus pour ne pas les mettre en concurrence avec des millions de ruches.
- « Ce n’est qu’un insecte. » Les abeilles apprennent, communiquent et réagissent au stress. Et la question n’est pas que la souffrance individuelle : c’est l’équilibre de tout un écosystème.
Par où commencer
Par où commencer : Végévolution
Le miel est souvent le dernier produit animal qu’on garde, parce qu’on le croit sans conséquence. Si tu veux faire ta transition en comprenant ce qu’il y a derrière chaque produit, sans culpabilité et sans manquer de douceur, Végévolution t’accompagne pas à pas.
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En vidéo
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À faire dès demain
5 gestes pour remplacer le miel et aider les abeilles sauvages
- La datte à la place du mielMixée avec un peu d’eau, elle devient une pâte douce, riche en potassium et en fibres.
- Le fruit mûr pour sucrerBanane très mûre, mangue, figue : la douceur arrive avec l’eau et les minéraux du fruit.
- Pour la gorgeCitron, gingembre frais, eau tiède : le geste chaud et réconfortant, sans le sucre.
- Un coin de fleurs sauvagesUn balcon, un jardin, un bord de terrain non tondu : c’est là que vivent les abeilles qui ont vraiment besoin de toi.
- Lis les étiquettesLe miel se cache dans les céréales, les biscuits, les sauces et les cosmétiques. La cire et la propolis aussi.
Le végétal, c’est serein et durable.
À santé égale, une assiette végétale libère des terres pour les fleurs, les haies et les forêts, et donc pour les milliers d’espèces de pollinisateurs dont dépendent nos fruits. Aimer les abeilles, c’est leur rendre de la place.
Je ne te demande pas de juger ton apiculteur. Je te propose de regarder plus loin que le pot. Les abeilles sauvages ne vendent rien, et elles ont besoin de nous.
Marco Pois Chiche
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Précautions. Le miel ne doit jamais être donné à un bébé de moins de 1 an (risque de botulisme infantile). En cas de diabète, tous les sucres, miel compris, se gèrent avec ton médecin. Une toux ou un mal de gorge qui dure plus de quelques jours, ou accompagné de fièvre, justifie un avis médical. Grossesse, allaitement, enfants : toute transition alimentaire se fait avec un professionnel de santé.
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À lire aussi : les ingrédients d’origine animale cachés, remplacer les produits animaux : le guide complet, arrêter le sucre, la méthode douce et manger végétal pour la planète
Pourquoi le miel n’est-il pas vegan ?
Parce qu’il est produit par des animaux et prélevé dans leur réserve de nourriture, dans une filière qui sélectionne, transporte et parfois sacrifie des colonies. Le véganisme exclut tous les produits issus de l’exploitation animale.
Manger du miel aide-t-il les abeilles ?
Il aide l’abeille à miel, une seule espèce d’élevage dont le nombre de colonies augmente. Les abeilles menacées sont les espèces sauvages, que les ruches en grand nombre peuvent concurrencer.
Le miel est-il meilleur que le sucre ?
Il contient un peu d’antioxydants et de minéraux, mais il reste un sucre libre (environ 38 % de fructose et 31 % de glucose). Le fruit entier est une bien meilleure source de douceur.
Par quoi remplacer le miel ?
Par des dattes mixées en pâte, des fruits très mûrs (banane, mangue, figue) ou une purée de fruits maison. La pâte de dattes reste la plus complète.
La citation d’Einstein sur les abeilles est-elle vraie ?
Non. Aucune source ne l’attribue à Einstein avant les années 1990. Le déclin des pollinisateurs est réel, mais cette phrase est une invention.
Sources : Aizen M. A. et Harder L. D., Current Biology, 2009 (nombre de ruches, données FAO) ; Geldmann J. et González-Varo J. P., Science, 2018 (« Conserving honey bees does not help wildlife ») ; Mao W., Schuler M. A. et Berenbaum M. R., PNAS, 2013 (acide p-coumarique du miel) ; Poore J. et Nemecek T., Science, 2018 (terres agricoles) ; Commission européenne, enquête « From the hives », 2023 (fraude au miel importé) ; USDA FoodData Central (composition du miel) ; Muséum national d’histoire naturelle (abeilles sauvages de France). Corrections par rapport au carrousel : faux-bourdons et non bourdons ; la destruction des ruches existe mais n’est pas la règle ; la hausse de 45 % concerne les ruches de 1961 à 2008 ; la citation d’Einstein est apocryphe ; les miels foncés ne sont pas « plus fructosés » ; la cuisson n’« explose » pas l’index glycémique ; 76 % de terres agricoles en moins et non 75 %.
Les contenus Vegaïa sont informatifs et ne remplacent pas un avis médical.
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